AFRIQUE

 

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L'Afrique, paquebot mixte de la compagnie française des chargeurs réunis, est destiné au service régulier entre la France et la Côte Occidentale d'Afrique.

Il peut emmener 76 passagers à 17 nœuds, et c'est sans encombres qu'il traverse la 1ere guerre mondiale et ses dangers.

Lancé le 21 novembre 1907 il effectue aujourd'hui son 58ème voyage.

Une fumée noire et dense envahit peu à peu le quai des Chartrons de Bordeaux, en cette soirée du 09 janvier 1920.

L’atmosphère est au départ. On s’active sur le pont tandis que les chauffeurs alimentent les chaudières.

Un départ de paquebot qui ne ressemble en rien à ce que l’on imagine habituellement. Ici, pas de foule enthousiaste, ni de fanfare célébrant une croisière sur un transatlantique de luxe. L’ambiance est plus tendue, plus pudique aussi. On tente de dissimuler l’angoisse du départ d’un proche que l’on ne reverra pas avant longtemps et qui part pour un long voyage plus souvent nécessaire que volontaire.

Apparaît alors un groupe de 17 missionnaires avec à leur tête Mgr Jalabert, archevêque de Dakar. Tous retournent dans leurs missions après avoir accompli leur devoir sur les champs de bataille comme aumônier ou infirmier.

Puis, c'est le tour d'un régiment de tirailleurs sénégalais. Ils sont 192 au total et ont plus que quiconque envie de rejoindre ce continent qu’ils ont quitté il y a bien longtemps.

Et c'est maintenant 62 hommes du Premier Régiment d'Artillerie Coloniale, et enfin un groupe de 203 personnes constitué de fonctionnaires, de négociants et de leur famille.

Ce vendredi 09 janvier 1920, en passerelle de l'Afrique, le commandant Antoine LeDu a réuni autour de lui son second capitaine et ses lieutenants.

Au total 125 hommes d'équipage pour conduire ces 474 passagers à bon port à Dakar.

L’appareillage va avoir lieu en dépit d’une mauvaise météo, un fort vent de sud-ouest.

 Le commandant LeDu homme d'expérience, qui navigue pour la Cie des Chargeurs réunis depuis 1913, quitte donc l'estuaire de la Gironde et met le cap sur le large, Il est confiant en son navire, mais sait cependant que la traversée du golfe de Gascogne va être une rude épreuve pour ses passagers.


Nous sommes le 9 janvier 1920 sur l'Afrique, paquebot français, au large de Bordeaux , mais la mer est mauvaise, et le vent de sud ouest forci.

Le paquebot s’éloigne lentement des quais et arrive vers minuit devant le Verdon où il va passer la nuit au mouillage.

Il lui faut attendre la marée haute pour passer le « banc de la mauvaise », un banc de sable difficile pour la navigation situé à l’embouchure de la Gironde. 

Une attente pénible pour les passagers, dont beaucoup commencent à ressentir les effets d’une grosse houle et ont hâte de rejoindre des latitudes plus clémentes.

Le samedi 10 janvier à 09h00, l’AFRIQUE passela Mauvaise et met le cap vers le large.

Vers 10h00, le chef mécanicien Bellanger monte en passerelle et signale une voie d’eau.

Les pompes sont mises en action mais elles fonctionnent mal, gênées par l’escarbille (résidu de la combustion du charbon présent dans les fonds du navire).

Ledu fait changer de cap et place le paquebot face au vent pour favoriser le travail des pompes et diminuer l’entrée d’eau qui ne semble pas très importante.

A 14h00, la situation ne s’améliore pas, l’origine de la voie d’eau n’a toujours pas été localisée et la mer lève maintenant des vagues de plus de 10 mètres qui déferlent sur la proue du navire et les pompes d'assèchement ne débitent plus.

L'AFRIQUE se trouve alors à 80 milles de la côte,

A minuit ,le commandant Ledu réunit son équipage et la décision est prise de se replier sur le port de la Pallice ,.

Plusieurs manœuvres sont tentées pour changer de cap mais le servomoteur qui actionne le gouvernail tombe en panne, rendant le navire incontrôlable.

Il est 02h00 le 11 janvier, le navire n'est plus manoeuvrant,

A 7h00 du matin Ledu ordonne alors à son radiotélégraphiste, Frédéric Mézier, de demander assistance.

Pendant ce temps, le niveau d’eau continue à monter dans les cales et noie progressivement les chaudières.

2 remorqueurs quittent Rochefort mais l'état de la mer les oblige à se mettre à l'abri en attendant que la tempête se calme pour rejoindre le bâtiment en détresse.


Le Paquebot Afrique est en perdition dans la tempête au large de Bordeaux, et les navires arrivés à la rescousse ne peuvent malheureusement rien pour lui tant la mer est mauvaise

Le paquebot CEYLAN, également des Chargeurs Réunis, reçoit le message de détresse et annonce qu'il se déroute sur les lieux. Il parvient péniblement à sa hauteur vers 16h00.

Sa venue rassure les passagers de l'Afrique, mais l’état de la mer est tel qu’il doit se contenter de le suivre, toute tentative de remorquage ou d’assistance étant dangereuse pour sa propre sécurité.

Il ne reste plus à attendre une accalmie pour tenter un sauvetage.

Le Du sait maintenant que la situation devient désespérée ,d’autant plus que le paquebot dérive sur le plateau de Rochebonne, un haut fond situé à plus de 35 milles des côtes et remontant à moins de dix mètres de la surface.

A 20h00, la dernière chaudière s’éteint et le paquebot est maintenant dans l’obscurité, dérivant inexorablement vers les roches du Plateau de Rochebonne..

Seul le tir de fusées de détresse éclaire de temps en temps la nuit , mais inquiète encore plus les passagers quant à la gravité de la situation.

La mer est maintenant en furie, signe du passage sur le point haut du plateau.

On s’attend à tout moment à un choc terrible si le bateau talonne sur les roches.

Peu avant minuit, l'AFRIQUE passe entre les deux principales têtes de roche du plateau de Rochebonne mais un autre obstacle apparaît soudain sous la forme d'une lumière .

Comble de malchance, le paquebot se dirige droit sur le feu-flottant signalant Rochebonne, un ponton robuste ancré sur le fond long de 14 mètres, un minuscule point à l’échelle de l’atlantique...

Et le CEYLAN, toujours à proximité mais impuissant face aux éléments.

Le commandant Le Du fait annoncer par message radio au CEYLAN qu'il vient de talonner les écueils et de percuter le feu des Rochebonne. L’AFRIQUE le percute violemment à plusieurs reprises, augmentant considérablement l’entrée d’eau dans les cales.

Le bateau accuse alors une gîte à 45° et reprend sa dérive alors que le bateau feu coule.


L'Afrique est en perdition dans la tempête, sur le plateau de roche onne, et en plus des voies d'eaux, que les pompes n'arrivent pas à étaler, le Paquebot viens de heurter violement la bouée signalant les écueils

Il faut absolument évacuer. Le commandant Le Du ordonne la mise à l’eau des canots de sauvetage tandis que les passagers se rassemblent sur le pont.

La plupart refusent d’embarquer sur les embarcations de sauvetage, terrifiés par la vision des canots ballottés avec violence lors de leur mise à l’eau, au milieu de la houle.

Le Du refuse de quitter son navire, tout comme Mézier qui envoie un dernier message à 03h00 du matin le 12 janvier 1920, annonçant que le paquebot coule emportant avec elle 564 victimes.

A peine descendu au niveau de l’eau, un canot est propulsé à 30 mètres de distance par une lame.

Dans de telles conditions, quitter le navire relève de l’exploit, et ne pouvant évacuer en priorité les femmes et les enfants, une poignée d’hommes se décide pourtant à quitter le navire.

Certains passagers se sont déjà résignés à mourir et cherchent du réconfort auprès de Mgr Jalabert et des missionnaires qui se sont rassemblés pour une dernière prière.

Lorsque le jour se lève, seuls les débris flottants témoignent du drame, la mer s'est calmée, le CEYLAN peut enfin s'approcher et commence sa recherche de survivants, dans la matinée il récupère un canot avec 9 hommes d'équipage puis dans l'après-midi un radeau avec 16 tirailleurs dont 2 sont déjà morts, c'est donc avec 23 rescapés que le CEYLAN regagne La Pallice où il arrive en soirée.

Un autre canot transportant le second capitaine, le deuxième lieutenant et dix autres personnes parviendra à rejoindre la côte, à saint Vincent sur jard

Plusieurs bateaux prospectent dans la zone du naufrage, ils ne ramèneront que des cadavres. Un dernier canot touchera terre à 15 km des Sables d'Olonne avec 12 hommes à bord.

Il n’y aura donc que 35 survivants sur les 599 personnes embarquées ce 09 janvier 1920 à Bordeaux, dont seulement 3 passagers, les autres sont des membres d’équipage ou des tirailleurs sénégalais.


Apres avoir dériver pendant deux jours dans la tempête, victime d'une voie d'eaux, puis d'une collision avec le ponton phare de rochebonne, l'Afrique sombre enfin par 45  metres de fond pas très loin des hauts fonds du plateau de Rochebonne sur la cote aquitaine.

La mer rendra peu à peu ses otages, marquant pour longtemps la mémoire des marins pêcheurs vendéens, qui ne compteront plus les pêches macabres durant les 3 mois qui suivirent le drame,

Ce chiffre fait de la perte de l'AFRIQUE le plus grand désastre maritime français, depuis la perte de la BOURGOGNE en 1898

Si les circonstances du naufrage sont dues à une terrible malchance, la voie d’eau du départ demeurera une énigme que les enquêtes ne parviendront pas à déterminer avec certitude.

Pourtant, le 25 decembre 1922 le paquebot lutécia de la compagnie navigation sud atlantique se fait une voie d'eau après le passage du banc de la Mauvaise.

Il fera demi-tour les sauvera son navire.

Après plusieurs semaines de recherches, des scaphandriers découvrent sur le banc de la Mauvaise une épave ensablée d'où dépasse une poutrelle métallique. Est-elle à l'origine du naufrage du paquebot Afrique ? Quoi qu'il en soit son sort était scellé car il lui fallait beaucoup de malchance après avoir dépassé sans encombre les principales têtes de roches de Rochebonne, pour aborder un bateau feu d'une longueur de 20 m après tant de miles en dérive.

 

Ce naufrage dramatique fut toutefois à l'origine de la création en France de services de sauvetage ancêtre des CROSS et de la SNSM.

 L'Afrique gît aujourd'hui par 45 mètres de fond à plus de 22 miles des Sables d'Olonne, sa position exacte a longtemps été un mystère connu seulement des pêcheurs Sablais.

Les premières visites de l'épave reviennent aux scaphandriers de la SORIMA , qui, dans les années 30, fouillait les épaves de la région à la recherche de métaux non ferreux ou de cargaisons coulées durant la Première Guerre Mondiale.

Mais, encore aujourd'hui, un mystère plane sur un éventuel trésor, dans les cales de l'Afrique. L'archevêque de Dakar aurait transporté avec lui des valeurs considérables en lingots et bijoux, que personne à ce jour n'a retrouvé.

 

 

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