LES EPAVES DE LA HOUGUE (1692)

 

        Au matin du 2 juin 1692, cinq grands vaisseaux de ligne de Louis XIV, venus chercher refuge en rade de la Hougue, en face du port de Saint-Vaast-La-Hougue, y sont l'un après l'autre incendiés par les brûlots de la flotte anglaise lancée à leur trousse.

        Réservoir inopiné de bois et de fer pour les populations côtières et zone de prédilection des pêcheurs pour y mouiller leurs engins de pêche, ces épaves tombent pourtant peu à peu dans l'indifférence, voire l'oubli, jusqu'à leur redécouverte officielle en 1985. La mise en valeur de l'ensemble historique de l'île Tatihou et le projet d'y inaugurer un musée maritime ont incité le Conseil Général de la Manche, propriétaire des lieux, à financer un programme archéologique d'ampleur sur les restes des cinq vaisseaux conservés au pied de l'île. De 1990 à 1995, six campagnes de fouille ont donc été menées sur les épaves, sous la direction conjointe de Michel L'HOUR (DRASSM, Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines) et d'Elisabeth VEYRAT. Au bilan, cent plongeurs et archéologues de nationalités différentes sont intervenus sur ces épaves, totalisant près de 5000 heures de travail sous-marin.

        Les sites se présentent aujourd'hui comme de vastes structures architecturales brisées, en chêne, dont seules les parties inférieures de la coque, protégées par le sable et la vase, ont été préservées, tandis que les superstructures et les oeuvres mortes étaient détruites sous l'action de la houle, des courants et des organismes marins. Les dimensions conservées des cinq épaves sont variables, allant jusqu'à près de cinquante mètres de longueur sur une dizaine de mètres de largeur pour les plus vastes. Il s'agit là des vestiges de cinq des plus gros vaisseaux du Roi, construits en 1665, 1684 et 1691 dans trois grands arsenaux du royaume, Toulon, Rochefort et Brest. Grâce à l'étude archéologique globale du site et à la comparaison des cinq ensembles architecturaux, des critères d'individualisation et de caractérisation des cinq épaves ont pu être mis en évidence. Ils ont permis de restituer à chacune des épaves son nom d'origine, et d'appréhender ainsi l'évolution des méthodes et techniques de construction navale de 1665 à 1691, dans les principaux ports militaires du royaume.

        La fouille archéologique des Epaves de la Hougue a eu également pour intérêt de mettre au jour un nombre important de témoignages matériels relatifs au gréement, à l'armement et à la vie à bord des vaisseaux. Les récupérations de matériaux menées au cours des siècles qui ont suivi le naufrage n'ont pas en effet totalement épuisé le potentiel de cet énorme gisement. Depuis les vivres des 500 à 900 marins et soldats regroupés à bord, les kilomètres de manœuvres, de cordages et de toiles du gréement, les instruments du service des quatre-vingts canons disposés aux sabords jusqu'aux outils de l'entretien et de la vie à bord, chacun des témoignages archéologiques recueilli lors de la fouille compose l'une des pièces fondamentales pour la connaissance du système technique, social et politique complexe qu'est un vaisseau. Des grandes poulies à rouets de bronze aux chaussures en cuir de l'équipage, des canons décorés aux peignes et flacons à parfum des plus fortunés, de la vaisselle de verre et d'étain des officiers aux modestes écuelles en bois tourné des matelots, l'ensemble des objets découverts sur les Epaves de la Hougue, est dorénavant conservé au Musée de Tatihou, à quelques encablures du lieu où, il y a un peu plus de trois cents ans, cinq des plus beaux vaisseaux du Roi-Soleil disparaissaient dans les flammes.

 

      Vue axonométrique de restitution de l'épave E. Les vestiges correspondent à un flanc de carène babord, les virures du bordé s'interrompant à l'arrière à hauteur du tableau et de l'étambot.
       
       

      Dessin aquarellé de Sbonski de Passebon représentant un vaisseau de premier rang du type de ceux coulés à la Hougue
       
       
       
       

      Gravure du hollandais J. G. Balthern représentant la bataille de la Hougue.
       
       
       
       
       
       

      Plongeur mesurant une grande poulie de drisse à rouets de bronze découverte sur l'épave A/B.
       
       
       
       

      Vue de détail de la quille de l'épave C. Un gros câble de mouillage en chanvre est lové le long de sa face latérale. La trace blanchâtre visible sur cette face est probablement le vestige d'un courroi, revêtement à base de soufre et de suif utilisé dans la marine ancienne pour protéger les œuvres vives.
       
       

      Plongeur en train d'effectuer un relevé.
       
       
       
       
       
       

      Vue de l'intérieur du fond de cale de l'épave E. Les deux grandes pièces de bois sont deux porques, fixés sur l'intérieur de la charpente et du plancher de cale afin de solidifier la structure de la coque. A cet endroit-là, la coque de chêne de ces vaisseaux est épaisse de près d'un mètre.
       
       

      Etude de la charpente d'une partie de l'épave E, après démontage de plusieurs membrures.
       
       
       
       
       
       
       
       

Photos : Denis Metzger, Frédéric Osada (DRASSM)

 

Annexe

 Bataille de la Hougue

 

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Nous partons cette semaine à la découverte des vaisseaux de Louis XIV qui combattirent fièrement la coalition anglo-hollandaise au large de Barfleur le 30 Mai 1692, guidés par l'Amiral Tourville embarqué sur son vaisseau amiral:

le Soleil Royal

 

Nous sommes au large de Barfleur vers le Nord-Est et il est 22 heures, l'ennemi anglo-hollandais se retire du champ de bataille après 12 heures d'acharnement pour anéantir la flotte française à 99 contre 44.

Au soir de cette glorieuse défense, la flotte française n'a perdu aucun navire malgré l'inégalité des forces et a affligé à l'ennemi de grandes pertes dont environ 5000 hommes, 2 vaisseaux, 2 de ses amiraux et la majeure partie de ses brûlots.

Pas un des vaisseaux de Tourville n'a péri , mais il est temps maintenant de trouver refuge dans un port pour des réparations plus qu'urgentes.

Alors que Tourville part vers Cherbourg à bord du Soleil Royal, Nesmond commandant du MONARQUE, de son côté, à la tête de 6 vaisseaux peu endommagés, fait route vers la Hougue où il laisse au mouillage le BOURBON et le SAINT LOUIS trop lents.

Mais Tourville est poursuivi par la coalition, et est obligé de quitter son vaisseau amiral au large de Cherbourg où son triste sort l'attend.

Il quitte donc le SOLEIL ROYAL percé de toute part, monte sur l'AMBITIEUX et amène 10 navires (l'AMBITIEUX, le MERVEILLEUX, le FOUDROYANT, le MAGNIFIQUE, le TONNANT, le ST PHILIPPE, le TERRIBLE, le FORT, le FIER et le GAILLARD) poussés par le courant le long de la côte Nord du Cotentin, repasse devant le lieu de la victoire de la veille, à Barfleur, et les conduit au mouillage de St Vaast la Hougue le 31 mai au soir. suivi de près, beaupré sur poupe, par les navires ennemis.

Il s'est perdu dans la brume et n'est plus accompagné que par un tiers des navires du départ.

Il sent qu'il sera en sécurité, protégé par l'île de Tatihou et la presqu'ile de la Hougue où il compte sur la protection des troupes de Jacques II et du Maréchal de Bellefonds.

Mais déjà les problèmes politiques de la cours du roi louis XIV vont empêcher que les troupes soient suffisamment conséquentes pour sauver la flotte française du désastre.

Et dès le lendemain, portés par le vent d'amont, la flotte anglo-hollandaise approche des côtes du Val de Saire, avec la ferme intention de prendre sa revanche sur Tourville.

 

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Nous partons cette semaine à la découverte des vaisseaux de Louis XIV qui combattirent fièrement la coalition Anglo-hollandaise au large de Barfleur le 30 Mai 1692, guidés par l'amiral Tourville .

Aujourd'hui 12 de ces grands navires viennent se mettre à l'abri devant l'île de Tatihou, et la presqu'île de la Hougue, sur la côte Est du Cotentin.

 

Le 2 juin 1692, à l’issue de la bataille de Barfleur qui virent s’opposer la flotte de Louis XIV, emmenée par l’Amiral Tourville, aux escadres coalisées anglo-hollandaises, douze vaisseaux français, viennent chercher refuge en rade de la Hougue, près du port de Saint-Vaast, sur la côte Nord-Est du Cotentin,

A Saint Vaast , le trio organisateur, Jacques II, le Maréchal de Bellefond et l'Intendant Général de classes, décide de sauver les agrès et les équipages des vaisseaux que Tourville a conduits à St Vaast et les 2 abandonnés par Nesmond,

Ils sont alors échoués (6 à la côte derrière le fort de la Hougue et 6 échoués sur la côte de l'Ilet de Tatihou) puis délestés. C'est la pagaille la plus complète. Après quoi des chaloupes armées sont envoyées pour éloigner l'ennemi et l'empêcher de les brûler.

Echec, car les moyens déployés sont dérisoires face à ceux de l'ennemi.

Dans la nuit du 2 juin, l'ennemi s'attaque au TERRIBLE abandonné, échoué par une fausse manœuvre, le pille et le brûle.

Dès le lendemain matin, vers 8 heure il revient vers Tatihou avec 200 brûlots et embrase tour à tour le FOUDROYANT, le MAGNIFIQUE, le MERVEILLEUX et le SAINT PHILIPPE. , puis c'est le tour de huit navires de commerce. L'ambitieux, quand à lui est sabordé, brûlé par le marquis de Villette.

Puis enfin, l'anglais attaque et incendie les derniers vaisseaux le BOURBON, le FORT, le FIER, le GAILLARD, le SAINT LOUIS et le TONNANT, et emmène deux bâtiments marchands, sous les yeux indifférents de Jacques II et de l'Amiral de Bellefonds.

La flotte française est anéantie, et l'ennemi se retire, ne pouvant débarquer à la cote protégée par l'infanterie, impuissante jusqu'alors.

La flotte anglo-hollandaise reste encore une journée mouillée au large de St Vaast la Hougue, puis enfin s'éloigne vers le Nord.

Nous sommes le 5 Juin 1692, et la nuit tombe.

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Nous partons cette semaine à la découverte des vaisseaux de Louis XIV qui combattirent fièrement la coalition anglo-hollandaise au large de Barfleur le 30 Mai 1692, guidés par l'amiral Tourville .

Aujourd'hui 12 de ces grands navires viennent d'êtres attaqués, pillés puis brûlés au large de St Vaast la Hougue

 

Dés le lendemain de la bataille, Louis XIV ordonne une vaste entreprise de récupération sur les épaves (notamment des canons) et les coques sont dépecées pour ne pas gêner la navigation.

En 1693, les particuliers qui auraient volé ces épaves sont poursuivis.

La même année Tourville est promu Maréchal de France et est placé au commandement d'une armée navale de 3 escadres de chacune 29 vaisseaux, en y ajoutant frégates, flûtes et brûlots, il est à la tête d'une flotte de 145 bâtiments.

Dans les années qui suivirent la perte des vaisseaux, d’intenses campagnes de récupération méthodique, orchestrées directement depuis Versailles, furent menées sur les épaves. Canons de « fonte verte », tonneaux de poudre, espars et accastillage divers purent ainsi être récupérés et acheminés vers les entrepôts du Royaume.

Seules le Terrible et l'ancre du magnifique sont considérés comme épaves dangereuses nuisant à la navigation.

En 1714 Monsieur Lepetit, ingénieur à la Hougue décide de laisser un marché à quatre particuliers," leur laissant tous les bois à leur profit et laissant les canons au roi à raison de 6 deniers la livre.

Le 27 mars 1833 la mer s'est retirée à une si grande distance que dans la rade, elle a laissé entièrement à sec l'endroit ou plusieurs vaisseaux furent brûlés ou coulés.

les carcasses des bâtiments étaient encore bien conservées et, dans l'intervalle de deux marées, il a été possible de retirer six pièces de canons et plusieurs charrettes de boulets, le tout dans un état de conservation moyen, il faut bien le dire, malgré un séjour de 141 ans au fond de la mer.

Les canons furent envoyés à Cherbourg puis à la bibliothèque de Valognes.

Puis les années sont passées et les épaves ont été régulièrement pillées de leur contenu par la population locale qui ramenait qui un boulet de canon , qui un canon ou encore une pièce de bois.

Mais trois siècles ont passé, et c'est maintenant au tour des plongeurs de s'intéresser à cette fameuse bataille navale

 

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Nous découvrons cette semaine les vaisseaux de Louis XIV qui combattirent au large de Barfleur, puis furent attaqués, pillés et enfin brûlés au large de St Vaast la Hougue le 2 juin 1692.

C'est maintenant au tour des plongeurs de s'intéresser à cette fameuse bataille navale.

 

Devenues des lieux de pêche privilégiés pour les ligneurs les caseyeurs et les chasseurs sous-marins, les épaves royales pourtant connues de tous durent attendre près de trois siècles avant que cinq d’entre elles, coulées au pied de l’île Tatihou en rade de la Hougue, soient officiellement découvertes.

Il faut savoir qu'une épave n'est officiellement découverte, que lorsqu'elle a été déclarée aux affaires maritimes, qui l'enregistre ensuite au DRASSM.

Ainsi, bien que l'ensemble des restes des épaves de la bataile de la Hougue ait été connu de tous et régulièrement visité par moi-même, et d'autres plongeurs, ces épaves n'étaient déclarées officiellement nulle part.

Et il fallut attendre que quelques opportunistes le fassent, pour qu'elles deviennent enfin officielles.

Le DRASSM, autorité en la matière, sous la direction conjointe d'Élisabeth Veyrat et Michel L'Hour prit les choses en main dès 1990 et les sondages entrepris sur ces vestiges permirent d’en montrer alors tout le potentiel historique.

Engagé à cette même époque dans un grand projet de réhabilitation de l’île Tatihou dont il souhaitait faire un pôle touristique et un lieu muséographique consacré au monde maritime, le Conseil Général de la Manche proposa de financer un programme de recherche sur ces épaves.

Dès 1990, un sondage-diagnostic put ainsi, être conduit sur les cinq épaves par les archéologues du Département des Recherches Archéologiques sous-marine, le DRASSM

Fort des résultats de ce diagnostic, un programme de fouille archéologique fut ensuite engagé jusqu’en 1995.

Au total, plus de cent plongeurs, archéologues et techniciens, venus de quinze pays différents, ont effectué près de 5000 heures de travail sous-marin sur le site des épaves de la Hougue.

Les cinq épaves sont situées par faible profondeur, en arc de cercle au pied de l’île Tatihou, sur un fond de sable coquillier.

Il s’agit là en effet des vestiges de cinq vaisseaux de ligne de premier rang, soit les plus grands de la marine du Roi.

Mais dès demain nous plongerons ensemble sur les restes des vaisseaux royaux

 

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Partons plonger aujourd'hui sur les vaisseaux de Louis XIV qui combattirent au large de Barfleur, Puis furent attaqués, pillés et enfin brûlés au large de St Vaast la Hougue le 2 juin 1692, et reposent par moins de dix mètres de fond près de l'île de Tatihou

 

Depuis mon age de 15 ans je connaissais bien les épaves de la Hougue pour y avoir souvent pêché des araignées, ou encore de coquilles st jacques en apnée, en compagnie de mon ami Guy Lepetit, champion de chasse sous-marine aussi ce fut facile d'y retourner plusieurs années après, lorsque la passion des épaves me prit.

Une des plus belles plongée a été réalisée lors d'une commande faite par le ministère de la culture, pour tenter de découper un morceau de la coque du St Philippe.

Il y avait grand soleil et lorsque je me mis à l'eau, j'ai vu tout de suite le fond quelques mètres plus bas, mais non seulement je voyais le fond, mais je voyais également la presque totalité de l'épave, et des membrures dégagées par les équipes du Drassm.

J'ai pu ainsi, pour une fois, apprécier la totalité du site et enfin comprendre, comment je me perdais régulièrement sur cette zone couverte de bois, de boulets et de canons.

Toujours en compagnie de Guy Lepetit, mais 15 ans après, nous avons passé un câble qui servirait de fil à couper le beurre pour tailler cette pièce de bois de prés d'un mètre d'épaisseur comprenant la coque et les membrures.

Puis comme l'occasion ne se produirait peut être pas avant longtemps d'avoir une telle visibilité, nous avons exploré l'ensemble du site.

Nous sommes ainsi passés d'une épave à l'autre et avons pu trouver de nouveaux canons et toutes sortes de boulets, pleins ou ramés.

Nous sommes remontés et partis dans notre élan nous avons profité de la clarté pour aller sur le TERRIBLE que Guy avait trouvé auparavant.

Les restes du TERRIBLE sont surprenant, car assez éparpillés sur les rochers, mais le plus intéressant est que personne ne connaissait cette épave, et avec un peu de chance nous aurions pu trouvé encore quelques objets significatifs.

Mais malheureusement, le feu qui l'avait détruite et le pillage organisé avant l'attaque, ne laissait pas grand chose aux archéologues amateurs que nous étions, si ce n'est que quelques coulures de bronzes, témoignages de la violence de l'incendie.

Mais cette fois nous avons protégé notre découverte et déclaré le TERRIBLE aux affaires maritimes.