Marie Henriette

 

 

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Au large de Barfleur dans le nord, existe aujourd'hui un lieu réputé et bien connu des ligneurs professionnels.

Ils y viennent souvent au printemps et l'été pour y traquer le bar, poisson roi sur nos cotes.

Cet endroit, situé à quelques milles de la cote, près de la bouée des équets, est justement la roche des equets ou fit naufragela Marie Henriette, il y a presque un siècle.

La marie henriette est un vapeur à roue Belge construit par les chantiers Cockerill et lancé en 1893,

Il mesure103 metres et file à 22 nœuds

Commençons d’abord par un petit point d’Histoire:

A l’aube de la grande guerre, l’invasion allemande dela France, après un 1er échec surla Marne en septembre 1914, se poursuit par un nouveau plan d’invasion nécessitant de passer parla Belgique, malgré sa neutralité.

Le Roi Albert 1er refuse l’ultimatum pour le libre passage des troupes, et du coup, le 3 aout, l’Allemagne déclare la guerre àla Belgique

L’armée belge, est faible avec peu d’unités, et en dépit de lourdes pertes qu’elle inflige à l’ennemi à Liège, elle doit battre en retraite vers Anvers où s’était déjà réfugié le gouvernement.

A son tour Bruxelles est envahie.

Puis C’est au tour d’Anvers d’être assailli par le feu de l’ennemi, obligeant gouvernement et réfugiés, à chercher refuge sur le Havre.

La France leur avait offert cette possibilité et le 13 octobre Ministres, fonctionnaires et exilés belges entrent dans le port du Havre sur 2 paquebots affrétés à cet effet.

Tandis que l’armée belge assistée de corps français et britanniques se dirige vers Ostende, dans les Flandres, où une furieuse bataille commence.

Entre le 5 et le 13 octobre 1914, venus à pied depuis la frontière ou débarqués de centaines de bateaux, arrivent en France plus de 20.000 réfugiés, civils et militaires.

Tous les édifices publics servent d’accueil.

L’armée belge installe ses hôpitaux à Calais, en Normandie, et en Bretagne.


1914, la guerre commence et les civils belges fuient versla France.

Sur l’Yser la bataille fait rage et le 14 octobre, l'État-major se voit contraint de limiter le front et donc d'abandonner Ostende.

Du coup, le Ministère de la guerre ordonne l'évacuation par tous les moyens, des 15.000 blessés répartis autour d’Ostende, vers l'Angleterre, via les ports français de Calais, Le Havre et Cherbourg.

Sur les quais, les habitants et réfugiés se pressent pour échapper à l’envahisseur.

L’évacuation est effectuée en un temps record de 16 heures .

Elle se fait par les malles belges réquisitionnées ainsi que de nombreux bateaux de pêche.

Un véritable calvaire pour beaucoup de blessés voyageant à fond de cale.

Bon nombre sont également acheminés par trains vers Dunkerque d’où ils seront transférés à Calais.

Aux quinze mille blessés évacués d'Ostende, s’ajoute bientôt le flot incessant des blessés de la bataille de l'Yser qui vient de commencer.

Du 18 au 22 octobre, du front de l’Yser arrivent à Calais, des trains bondés de soldats alliés ou ennemis, dont beaucoup grièvement touchés.

Bon nombre meurent durant le trajet faute de personnel suffisant pour leur apporter les 1ers secours.

Dans les salles de soin des hôpitaux de Dunkerque et de Calais ils sont déjà des milliers, il devient donc nécessaire et urgent de libérer les dispensaires les plus proches de la zone de combat, et il faut évacuer le plus grand nombre de blessés possible vers l’Angleterre ou les hôpitaux de  Normandie et de Bretagne.

Afin d’accélérer cette évacuations le Ministre dela Marine fait envoyer le 17 octobre deux transatlantiques:La Savoie etLa Lorraine à Calais, mais leurs fort tirant d’eau ne leur permet pas d’approcher du chenal et les deux navires doivent faire demi-tour et regagnent Le Havre et Cherbourg.

C'est maintenant àla Marie Henriette de prendre son tour.


Des milliers de blessés affluent du front, en ce début de grande guerre, et il faut impérativement les évacuer.

Pour palier à cette évacuation massive de nombreux navires sont alors réquisitionnés pour emmener les blessés et la foule amassée sur les quais dans une zone sécurisée.

Les malles de la ligne Ostende-Douvres sont à nouveau sollicitées et utiulisées pour convoyer ces malheureux de Calais jusque Cherbourg.

Afin de ne pas réaliser de voyage de retour à vide, les navires devront faire escale au Havre pour y charger des munitions et les transporter dans le Nord près du front.

L’équipage de la malle d’Ostendela Marie Henriette se voit confier cette nouvelle mission, transformé pour l’occasion en bateau hôpital improvisé.

Le vendredi 23 octobre,la Marie Henriette quitte Calais sous les ordres du capitaine Rombaut, avec les premiers blessés de la retraite,

480 soldats belges, une centaines de blessés français, fusiliers marins, goumiers (soldats arabes ayant participé aux opérations sur l’Yser) soit un peu plus de 650 hommes.

3 médecins belges les docteurs Van Campenhout, Lenaers et Boiremans embarquent également après avoir recueilli, prés des pharmaciens de Calais pansements et matériels médical dont la pénurie commence à se faire sentir.

Le bateau hôpital inopiné appareille à 16h par un temps magnifique, une lègère brise de vent d'Est et prend le cap vers Cherbourg.

Après avoir traversé la baie de seine et la manche sans encombre, il arrive devant la pointe de Barfleur un peu avant 5h du matin, mais il faut savoir que le phare de Gatteville est éteint depuis le début de la guerre.

La Marie Henriette avance dans la nuit, au ralentis quand même en direction de Cherbourg, cap à l'Ouest mais aussi vers les grands bancs au NE de Roubary.

La nuit est calme et notre vapeur à roue brise le silence avec ses énormes machines

Soudain à 5 heures,un bruit sourd se fait entendre à l'avant et les machines stoppent.

Bientôt des cris d’affolement percent le silence.

La malle belge vient de s’échouer sur le plateau des Equets devant le Phare de Gatteville.


Octobre 1914, large de Barfleur,

Depuis plusieurs mois tous les navires du nord dela France sont réquisitionnés et affectés à l'évacuation des blessés du front belge.

La marie henriette vapeur à roue belge, viens de heurter les rochers des équets en  face de Gatteville, il est 5 heure du matin.

 

Les fusées de détresse sont lancées et le Radio du bord émet les appels TSF.

Mais notre navire est bloqué, la coque déchirée sur la roche.

Le pavillon belge flotte à l’arrière au gré du vent.

Par chance la mer est assez calme et le navire n’est pas encore en danger tant que la brise ne se lève pas.

Le LEON et l'ADOLPHE deux barques de pêches qui travaillaient dans les parages voient mais surtout entendent le grand bâtiment s’approcher des rochers puis s'échouer,  il coupent leurs cordes et se rapprochent au plus vite, pour aider les malheureux.

Le canot de sauvetage de Barfleurla VEUVE ARMAND FORQUENOT pour qui il s'agissait du 1er sauvetage, sous les ordres du patron Boisard, averti du naufrage prend la mer à 5h30 arrive sur les lieux à 6h15.

Des torpilleurs français venus de Cherbourg alertés par TSF sont déjà là.

Le transport LORRAINE naviguant au large stoppe sa course devant les banc St Pierre sans pouvoir s'approcher à cause de son fort tirant d'eau.

Il ne veut pas se risquer sur les hauts fonds des Equets.

Un chalutier armé boulonnais se joint aux nombreux sauveteurs.

La nouvelle du naufrage se repend très vite, et de partout affluent les secours.

La compagnie territoriale basée au fort dela Hougue croient à un échouage sur le littoral se rend à pied jusque là mais ne peut que constater son impuissance face à un sauvetage en mer.

Seules les petites embarcations pouvent se tenir le long du bord de l’épave sans risque à cause de la houle tandis que torpilleurs et chalutier restent éloignés, prudents dans ces eaux peu profondes,et scabreuses.

Ils mettent à disposition leurs canots, mais comme toujours dans ces catastrophes la brise commence à se lever par le Nord.


La Marie Henriette est échouée sur les roches au large du phare de Gatteville, et l'évacuation débute, il fait encore beau temps, mais nous savons que cela ne va pas durer.

A l'aube le sauvetage des blessés commence dans le plus grand calme à l'aide de canots et embarcations de pêche dans un va et vient continu entrela Marie Henriette et les torpilleurs.

La plupart des matelots des embarcations sont à disposition sur les torpilleurs laissant ainsi plus de place pour les rescapés à bord.

Les uns après les autres les malheureux blessés souffrant et transis de froid malgré tout le soin apporté à leur transbordement, sont évacués, transportés par les canotiers et pécheurs.

Cette opération se poursuit une partie de la matinée, et vers 10 h00, il ne reste plus personne sur la marie henriette.

Après l’évacuation des blessés, les médecins belges quittent à leur tour le navire après avoir sauvé tout le matériel médical. Puis enfin vint le tour de l'équipage et de son commandant en dernier comme le veut la règle.

Les rescapés sont débarqués à Cherbourg où ils seront soignés.

Et puis l’évacuation terminée, par chance, le vent de Nord fraichit, le port de Roubary se couvre de l’écume d’une forte houle, etla Marie Henriette chavire.

Mais prisonnier de l'Equet le vapeur ne bouge pas et prend la houle de plein fouet, subissant ainsi captif, l’acharnement des vagues et c’est seulement au bout de deux jours, que la furie de la mer a raison du vapeur.

Bientôt dela Marie Henriette ne dépassera de la surface, qu’un amas de ferrailles tordues.

Peu après ce naufrage heureusement sans conséquence tragiques, le cargo Armette s'échoue lui aussi non loin de là, on ralluma donc le phare de Gatteville par un fanal plus discret qu’en temps de paix pour éviter d’autres échouages et naufrages dans ces parages périlleux..

L'épave est considérée comme dangereuse pendant de nombreuses années.

Aux grandes marées, les barques de pêche sortant vers le large ou rentrant au port évitent l'épave dela Marie Henriette dont les ferrailles menaçantes émergent encore des rochers des équets, au large du port de roubary.