CAMPEADOR

 

 

 

 

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C'est la Guerre, la grande guerre, celle de 14/18, et dans la Manche comme partout sur le littoral, les autorités craignent les attaques ennemies venant de la cote.

Les phares sont éteints ou disposent juste, d'une faible lumière, et c'est dans ce contexte que nous allons tenter de relater l'aventure du guernsey.

C'est un cargo à vapeur britannique de la London & South Western Railway., qui est construit en 1874 par les chantiers J & W Dudgeon à Blackwell

Il fait 509 tonneaux et mesure près de 60 metres, et il est basé à: Southampton

La compagnie le destine au transport de passagers entre Southampton, les îles anglo-normandes et les ports français.

En 1889, ses machines sont changées et en 1901 de nouvelles chaudières sont installées.

C'est en 1903 que le Guernsey subit un 1er accident à Jersey, puis en 1913 un second à Roscoff, après quoi la compagnie l'affecte au transport de marchandises.

Il existe, très peu de renseignements sur le guernsey et sa navigation tant les archives maritimes civiles sont rares sur ce début de grande guerre.

Les échanges de lettres et télégrammes entre l'Amirauté et le consulat général britannique au Havre ne font pas mention des causes du naufrage du petit cargo, mais une chose est sûre, sa perte n'est pas un fait de guerre.

C'est donc le 09 avril 1915 à 19h00, par un vent fort de NW et une mer agitée, que le Guernsey sous les ordres du capitaine Charles Berrow avec 18 membres d'équipage, quitte le port de St Peter à Guernesey pour Southampton avec une cargaison de fleurs et de légumes (1870 colis de fleurs, 3 colis de tomates, 250 colis de fèves, 550 colis de pommes de terre) issus de la production guernesiaise.

Nous sommes en période de guerre et afin d'éviter les sous marins ennemis patrouillant la Manche, le cargo fait route dans un 1er temps vers Aurigny avant de rejoindre les côtes britanniques selon un plan de route élaboré par la compagnie que bons nombres de bâtiments ont déjà emprunter sans encombres.

Mais cette partie de la Manche et les abords du Cotentin sont dangereux, et malheureusement pour notre cargo, la brume s'épaissit.

C'est le Guernsey, petit caboteur anglais, qui passe au large des cotes du cotentin, en face de la Hague ce soir du 9 Avril 1915.

Le vent de nord ouest est violent, et la visibilité perturbée par un banc de brume qui viens du Nord.

Toujours en raison de cette période de guerre, le phare du Cap de la Hague est éteint, la côte est dangereuse, et la brume ne fait que s'épaissir sur la Manche.

Le bâtiment ralentit sa course, mais la nuit tombe vite, et sans les repères des différents phares il navigue à proximité de la côte, trop près sans doute.

Dans une totale obscurité et une mer agitée, le Guernsey, sans le savoir se dirige droit sur les récifs du Cap de la Hague.

Il est 22h00 lorsque le capitaine Berrow toujours de quart dans ces parages dangereux entend plusieurs bruits sourds juste en dessous, au niveau de la quille du navire.

Il pense à une épave flottante sur laquelle ils seraient passé, mais non, malheureusement ce n'est que le Guernsey qui viens de talonner le rocher de "la Foraine" sur la cote Ouest du cap de la Hague

Le choc est si violent que Berrow est éjecté par-dessus bord , il nage pendant quelque minutes, mais le froid et la mer formée ont raison de lui. Il disparaît sous les flots.

Dans la salle des machines 3 hommes sont piégés par la masse d'eau qui s'engouffre dans la cale, et 3 autres membres d'équipage sont éjectés eux aussi à la mer.

Le navire accuse rapidement une forte gîte, il faut évacuer: Le temps manque pour pouvoir lancer des canots, seul un navire de sauvetage réussit à s'éloigner de l'épave, toujours flottante, avec à son bord seulement 12 des hommes sur les 19 embarqués,

Ils laissent derrière eux 7 malheureux dont le capitaine Berrow.

Alors que la baleinière et ses 12 rescapés s'éloignent une lame emporte le Guernsey vers le fond, et sous l'effet des forts courants dérive après s'être cassé en deux.

Hier le Gernsey, petit cargo britannique à heurté les dangereux récifs, de la foraine près du cap de la Hague, entraînant avec lui 7 malheureux marins anglais.

12 marins ont réussi à fuir sur un canot de sauvetage.

Le petit cargo dérive pendant près de deux milles nautiques, vers le sud ouest, puis une vague plus forte que les autres a raison de sa structure, déjà endommagée, et le casse en deux

Le canot des rescapés cherche vainement quelques autres survivants mais hélas…sans succès

il se dirige donc vers la côte au S de Goury et donne l'alerte.

Le canot la GERMONIERE de la station de sauvetage de Goury met le cap sur la zone du naufrage mais ne trouve sur zone que des débris et de nombreux légumes de la cargaison flottant à la surface.

Les rescapés ont été conduits à Cherbourg puis rapatriés à Southampton.

C'est soixante années plus tard que Jacques Leboul, embarqué sur le Jean Mako, petit chalutier de Cherbourg, retrouve l'épave en y crochant son chalut.

Jacques se souvient encore aujourd'hui de la récupération de l'engin de pêche.

Un plongeur est venu de Cherbourg, ce matin de printemps, pour descendre sur le câble croché à quelque chose au fond, peut être un caillou…

En fait ce sont les restes du Gernsey, qui sont là par 30 mètres de profondeur, et après avoir dégagé les tours de câbles sur la ferraille engloutie, le chalut peut être remonté.

Le treuil vire, puis d'un seul coup, c'est un bruit sourd que Jacques leboul entend à tribord arrière, le plongeur redescend, et s'aperçoit vite du danger imminent:

Un bossoir est planté dans la coque du jean Mako, qui rapidement fait l'eau.

Des cirés, des chiffons servent à colmater la brèche et le chalutier fait route toute vers la cote, pensant couler à tout moment.

Heureusement ils arriverons sauf au port, heureux de ne pas avoir à alimenter eux mêmes ces chroniques maritimes par leur naufrage.