HMS BRITOMART

position:  49°40.294N / 000°06.775W

 

texte: Yves Dufeil

dragueur d'escadre affecté comme dragueur de mines, de type Halcyon, lancé en juillet 1938 par H.M. Dockyard Devonport et mis en service en 1939.  

Long  75m x larg  10,2m x tirant d'eau  2,4m ;déplacement de 875 tonnes ; 17 nœuds;  

Armement: 3 x 102mm, 8 x 12,7 AA .

La perte des dragueurs BRITOMART et HUSSAR le 27 août 1944 par une belle après-midi ensoleillée, au large du Cap d'Antifer est l'un des pires désastres provoqués par une méprise qui ait affecté des bateaux de la Royal Navy au cours de la 2e guerre mondiale. Cette tragique erreur coûta la vie à 78 officiers et marins tandis que 149 autres étaient blessés, la plupart gravement. Les dragueurs de la 1st Minesweeping Flotilla avaient été déployés devant les plages de Normandie depuis le début du Débarquement et avaient dégagés des chenaux d'accès vers la plage Sword les 5 et 6 juin. Ils avaient ensuite été employés au maintien de l'intégrité d'un chenal entre Portsmouth et Arromanches, puis le 22 août, ils avaient reçu l'ordre de nettoyer un champ de mines magnétiques allemandes à 5 milles au large de la côte française entre Fécamp et Antifer.

Le dégagement de cette zone devait permettre au cuirassé WARSPITE et aux monitors EREBUS et ROBERTS de se rapprocher de la côte afin de bombarder les positions adverses autour du Havre en vue de l'assaut contre la ville par les Canadiens. Cette mission accomplie, la 1 MSF réduite aux dragueurs JASON, BRITOMART, HUSSAR et SALAMANDER, avait bénéficié d'un repos d'une journée à Arromanches. Au soir du 25, le Commander Trevor Crick, Senior Officer de la flottille et commandant du JASON, reçut l'ordre de reprendre son travail de nettoyage de la voie Portsmouth-Arromanches dès le matin du 27. Crick fit remarquer que le déminage du secteur d'Antifer n'était pas fini et nécessitait encore au moins une journée de travail avant de retourner sur le chenal d'Arromanches et en informa son commandement.

Le message modifiant les ordres initiaux de la 1 MSF fut reçu tôt dans la matinée du dimanche 27 août, peu avant que les dragueurs ne prennent la mer. Le temps était très beau et les conditions parfaites pour un dragage. BRITOMART, JASON et SALAMANDER étaient en ligne de front, ce dernier étant le plus près de la côte tandis que HUSSAR dont le système de dragage posait problème, se maintenait derrière BRITOMART. Entre la côte et SALAMANDER se trouvait le chalutier COLSAY dont le rôle était de mouiller des bouées afin de délimiter la zone draguée. Derrière lui, avançait le chalutier LORD ASHFIELD, l'autre mouilleur de bouées.

Peu avant midi, un avion de la RAF survola le groupe à basse altitude, le pilote rendant même le salut des marins en battant des ailes. Vers 13h30 alors que la flottille entamait son troisième bord, un groupe d'avions venant de la direction du soleil plongea et attaqua. Ils furent alors clairement identifiés comme étant des appareils Typhoon et Crick signala par radio qu'il était attaqué par des avions amis, répétant le signal deux minutes plus tard. L'attaque coupa littéralement Britomart en deux. Son Commandant, le Lt. Cdr James Galvin tué, la passerelle et la cheminée détruites, les superstructures réduites à un enchevètrement de ferraille, le dragueur n'était plus qu'une épave dans un état tel qu'il était impossible de passer de l'avant à l'arrière et inversement. Pire encore, il dérivait désemparé au milieu du champ de mines.

Derrière le BRITOMART, il y avait le HUSSAR. A son bord également, tout n'était que désolation, passerelle et pont rasés par les roquettes et les obus. L'officier de navigation était mort sur le coup, près de lui gisait le Lt Cdr Robert Nash grièvement blessé aux jambes et un coude emporté. Les communications avec la machine étant coupées, un matelot parvint non sans courage à actionner le transmetteur de secours et à transmettre ainsi l'ordre de stopper les moteurs, puis le feu se déclara dans le compartiment machines. Partout il n'y avait que des morts ou des hommes atrocement blessés. Juste après, le Hussar fut parcouru par un terrible frémissement et commença à chavirer sur tribord puis s'enfonça par l'arrière. A 13h42, l'attaque était terminée. Elle avait duré une dizaine de minutes.

Depuis la passerelle du Jason, Crick qui avait survécu contemplait le désastre de sa flottille. Le Britomart brûlait furieusement en gitant sur tribord, le Hussar avait disparu à l'exception de sa proue qui sortait de l'eau, le SALAMANDER dérivait impuissant, ravagé par l'incendie.

Le JASON restait manoeuvrant mais avait sa passerelle rasée tout comme les chalutiers COLSAY et LORD ASHLEY.

Le repêchage des survivants commença tandis que Crick parvenait à transmettre par radio une demande d'assistance immédiate. A peine cette tâche était elle commencée que les batteries allemandes d'artillerie côtière ouvraient le feu sur les dragueurs, tuant encore davantage d'hommes parmi ceux qui surnageaient. A 15h00, le sauvetage était terminé, le BRITOMART avait chaviré et continuait à flotter. Il fut achevé au canon par le PYTCHLEY .

Bénéficiant de la permission exceptionnelle de deux semaines, les survivants furent renvoyés chez eux avec pour ordre de ne rien dire des circonstances de la perte de leur unité. Parallèlement, l'enquête administrative ordonnée par l'Amiral Sir Bertram Ramsay débutait. Elle devait très vite mettre en évidence que la cause première de ce désastre était une faute commise par le personnel de HMS AMBITIOUS, le navire base de la 1 MSF qui avait omis de transmettre au Commandement de la zone de débarquement britannique (FOBAA pour Flag Officer British Assault Area), le contre-amiral J.W. Rivett-Carnac, le changement apporté le 26 au soir à l'ordre de mission des dragueurs. Un officier avait tout simplement omis de mentionner (R) FOBAA pour (Repat) to FOBAA sur le message en question. A partir de cette simple omission tout s'enchaine en une spirale d'évènements qui fatalement conduisent au désastre.

Le 27 août au matin, les navires de la 1 MSF sont détectés par une station radar côtière et identifiés comme ennemis puisque aucun ordre de mission ne prévoit la présence de navires alliés dans ce secteur. La RAF est alors sollicitée pour effectuer une reconnaissance aérienne et signale la présence de dragueurs et de chalutiers en apparence amis. La RAF contacte alors l'offiicer de quart du FOBAA qui ne peut que confirmer qu'il n'y a aucun navire allié prévu dans cette zone. Né de l'observation du pilote, un doute subsiste cependant dans l'esprit du responsable local de la RAF qui décide par précaution de consulter l'officier de quart sur HMS AMBITIOUS. Une coupure de téléphone empêche le contact et la RAF ne cherche pas à entrer en contact par d'autres moyens. L'alerte est déclenchée provoquant le décollage d'un wing de 8 Typhoons des escadrons 263 et 266 sous le commandement du Wing Commander J.Baldwin.

Quelque chose pourtant chagrine ce pilote qui, à deux reprises pendant le vol, demande confirmation de cet ordre d'attaque contre des navires présumés amis. Le commandement confirme l'ordre d'attaque et les pilotes de la RAF n'ont plus alors d'autre alternative si ce n'est celle d'obéir à l'ordre reçu. On connaît la suite…Trois officiers furent traduits en cour martiale à la suite de l'enquête. Deux d'entre eux furent acquittés.

Le Commander Venables, adjoint du Commandant de la 1 MSF fut reconnu coupable de négligence et sévèrement blâmé.

 A bord du BRITOMART on déplore la perte de 22 hommes, le commandant, 1 officier et 20 marins.  

L'épave repose droite par 30 mètres de fond avec une légère gite sur babord, remonte de 6m. La coque est très endommagée donnant un bon accés aux chaudières et à la salle des machines.